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Campagne 2004/2005 : criquets et pluie

du 01 au 03/05 représentation de la FPFD aux manifestations

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Article publié dans le revue "POUR"

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10/02 Réunion du Bureau de la Fédération élargie aux Unions

06/02 Mise en service de nouveaux aménagements

06/02 Constitution d'une nouvelle union à Timbi Tounny

06/02 Atelier sur "La lutte contre la teigne de la pomme de terre"

du 25/03 au 02/04/02 Participation à la FIARA de Dakar

03/02 Installation de Nantes-Guinée à Timbi Madina

Article publié dans la revue "POUR"

Fédération des Paysans du Fouta Djallon

Marché de la pomme de terre

La Guinée à la conquête du marché local

Lorsque l’on aborde les marchés des agricultures du Sud, sont évoqués le plus souvent les marchés de produits vivriers de base (riz) ou les marchés de produits exportés vers le Nord (café, cacao…). Or, le cas de la pomme de terre en Guinée est très illustratif d’un marché national conquis par des producteurs organisés.

Avant 1990, la production guinéenne de pommes de terre est insignifiante et la consommation nationale essentiellement satisfaite par des importations régulières effectuées par des importateurs libanais installés à Conakry. Le volume annuel des importations avoisine les 1 000 t., soit environ un maximum de 100 t. mensuelles. À cette époque, la pomme de terre est en effet un produit de luxe dont le prix de détail est toujours élevé, généralement supérieur à 900 francs guinéens (FG)/kg. Sa consommation est donc très limitée.

En 1990, à l’initiative de quelques producteurs appuyés par un projet de coopération, la production de pommes de terre démarre véritablement dans le Fouta Djallon, atteignant la centaine de tonnes. En 1991, cette production est évaluée entre 150 et 200 t., commercialisables de février à juin, avec un pic en avril et en mai car aucun moyen de stockage efficace n’existe. Cela signifie que, pendant deux mois, l’offre sur le marché national est augmentée d’au moins 50 %, provoquant une rapide saturation du marché. Par ailleurs, la production guinéenne, réalisée à partir de semences locales, a une qualité médiocre, et les coûts de production relativement sont élevés. Elle ne peut donc supporter la concurrence directe de la pomme de terre importée et son écoulement pose problème.

Bloquer les importations

Après avoir aménagé eux-mêmes un bas-fonds, expérimenté plusieurs cultures, identifié la pomme de terre comme prometteuse et amélioré son itinéraire technique, les producteurs, en particulier ceux de la sous-préfecture de Timbi Madina, ont gagné une première bataille : celle de la production. Maintenant, il leur faut gagner la bataille de la commercialisation pour écouler leur production à un prix rémunérateur. Parallèlement, ils doivent continuer d’améliorer la qualité de leur produit et baisser son coût de production, afin de devenir compétitifs face à la pomme de terre importée.

Les producteurs du Fouta Djallon se mobilisent en juillet 1991 pour aller à Conakry, rencontrer le gouvernement, afin de demander le blocage des importations de pommes de terre pendant leur période de commercialisation. Ils essuient d’abord un refus du gouvernement qui se retranche en particulier derrière les directives d’ajustement structurel et de libéralisation des marchés du FMI et de la Banque Mondiale. La presse les relaie dans leur domaine et leur permet d’obtenir le soutien de l’ensemble de la population guinéenne. Devant la détermination de ces producteurs et le bien-fondé de leurs revendications pour défendre leur production qui devait très vite suffire à couvrir les besoins nationaux pendant cinq mois de l’année, le président de la République en personne décide d’imposer le blocage des importations de pommes de terre du 1er février au 30 juin.

Forts de ce succès et de la reconnaissance nationale, les producteurs créent en novembre 1992 à Timbi Madina, la Fédération des Paysans du Fouta Djallon (FPFD) dont la mission est d’accroître le revenu de ses membres.

Une fois le marché protégé, les producteurs recherchent des partenaires commerciaux. Dans un premier temps, sous l’égide du ministère de l’Agriculture, ils négocient des accords commerciaux avec les quatre principaux importateurs de pommes de terre pour que ces derniers commercialisent désormais leurs pommes de terre à la place de celles importées de février à juin. D’autres accords signés pour les campagnes 1991/1992 et 1992/1993 prévoient la mise en place d’un calendrier de livraison, fixant les dates et les volumes à fournir par les producteurs aux commerçants. Ils définissent également le prix d’achat aux producteurs rendu à Conakry pour les volumes concernés, ainsi que le prix de mise en marché en semi-gros. En effet, un des objectifs de la FPFD est de développer la consommation intérieure en baissant le prix de vente aux consommateurs. Le Gouvernement soutient cette action en bloquant les importations de pommes de terre durant la période de production nationale en saison sèche.

Les accords-cadres fonctionnent jusqu’au mois de mars 1994 date à laquelle les commerçants refusent de respecter les accords sur trois points :

• le non respect des prix : profitant de la surconsommation du mois de ramadan, les grossistes signataires proposent aux semi-grossistes et détaillants le sac de 25 kg à 18 000 FG au lieu des 12 000 FG prévu par l’accord, alors que les producteurs continuent de livrer à 10 500 FG le sac à Conakry. La politique de développement de la consommation à travers la baisse des prix, souhaitée par la FPFD, est ainsi compromise par le comportement des commerçants ;

• le refus de payer comptant à la livraison : contrairement aux termes de l’accord, les grossistes ont souvent refusé de payer cash à la livraison, immobilisant ainsi les transporteurs et leur matériel, ce qui a entraîné la détérioration de la marchandise et des frais supplémentaires, supportés par les organisations de producteurs ;

• le refus d’absorption des volumes : le 20 mars 1994, les commerçants ont refusé de commercialiser 41,5 t. de pommes de terre livrées par l’Union de Timbi Madina, prétextant la saturation du marché, alors que les organisations de producteurs n’avaient livré que 90% des volumes prévus par le calendrier de l’accord à cette date. Puis, le 19 avril 1994, ils remettent en cause le calendrier de livraison, et rejettent le principe des 40 t. hebdomadaires livrées à Conakry, alors que toute la production a été organisée pour atteindre cet objectif. Face à cette situation, les organisations de producteurs se concertent pour établir une nouvelle stratégie de commercialisation : livrer 20 t. par semaine aux signataires de l’accord et parallèlement 20 t. par semaine sur les différents marchés. Cette démarche a pour objectif principal de fournir aux producteurs des informations fiables sur la capacité d’absorption du marché de Conakry, afin d’organiser la commercialisation de la prochaine campagne avec de nouveaux partenaires. Malgré le manque de préparation des commerçants de Timbi Madina, ces derniers ont pu écouler sans problème majeur une vingtaine de tonnes par semaine. Le marché de Conakry était donc bien capable d’absorber un minimum de 40 t. chaque semaine.

Le tableau ci-dessous montre que le blocage des importations en 1994 a été presque entièrement respecté puisque seuls deux containers sont arrivés en avril et mai. On peut toutefois se demander si cette arrivée n’a pas correspondu au refus certains de respecter les accords de grossistes de Conakry. Par ailleurs, la production de pommes de terre guinéennes étant en mesure d’approvisionner le marché de Conakry, au moins de février à juin, les prix ci-dessous montrent que le blocage des importations n’entraîne pas d’augmentation du prix à la consommation. En effet, dès l’arrêt des importations, le prix de la pomme de terre locale à Conakry a suivi à la baisse celui de la zone de production (Labé), bien en dessous du prix de la pomme de terre importée.

Année 1994

Janv

Fév

Mars

Avril

Mai

Juin

Juil

Août

Sept

Oct

Nov

Déc

Importations (en T)

69

4

-

22

25

-

27

60

93

21

14

77

Prix de détail PdT importée à Conakry (en FG/kg)

1144

1111

-

-

-

-

-

853

655

Prix de détail PdT locale à Conakry (en FG/kg)

797

975

772

658

725

896

888

740

514

615

686

796

Prix de détail PdT locale à Labé (en FG/kg)

566

670

657

500

504

710

743

396

358

420

456

572

Source : Importations : Sydonia (Douanes) ; prix de détail : système d’information du Pnasa (Projet national d’appui à la sécurité alimentaire). Données reprises dans le rapport 1994 du Pnasa de novembre 1995.

La rupture avec les grossistes de Conakry étant consommée dès novembre 1994, les organisations de producteurs négocient avec des représentants des commerçants régionaux décidés à commercialiser la pomme de terre. Les négociations portent sur l’établissement d’un prix plancher de 300 FG/kg au producteur et un prix plafond de 400 FG/kg de cession aux semi-grossistes de Conakry (ce qui laisse une marge d’environ 30 FG/kg aux commerçants). Il n’a pas été négocié de calendrier, les commerçants devant approvisionner le marché de Conakry en fonction de la demande et le stockage dans les zones de production. La campagne 1994/1995 n’a donc pas eu de cadre commercial rigide ; toutefois, la FPFD a obtenu du ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et des Forêts le blocage des importations de pommes de terre du 15 février au 15 juin 95, ce qui fut obtenu. Dans ce nouveau système, la FPFD à différents niveaux investit jusqu’en juin une partie de son fonds de roulement, normalement destiné à l’achat des intrants en août, dans l’organisation de la commercialisation afin de payer le producteur à la livraison tout en régulant l’approvisionnement du marché de Conakry par du stockage pouvant atteindre deux mois. Ainsi, les producteurs continuent-ils de toucher environ 300 FG/kg alors que la production ne cesse d’augmenter, atteignant les 1 000 t. pendant la saison sèche de 1996, auxquelles il faut ajouter environ 800 t. pendant la saison des pluies de la même année. Sur les 1 000 t. de saison sèche, la FPFD a directement contrôlé la commercialisation du tiers.

La pomme de terre du Fouta étant devenue suffisamment compétitive, la FPFD a arrêté de demander le blocage des importations en 1998. Le graphique ci-dessous confirme que cette mesure n’était effectivement plus utile puisque les volumes importés depuis 1998 sont faibles ou inexistants.

Sources : importations : Port Autonome de Conakry, repris dans le bulletin n°49 du quatrième trimestre 2001 du Pasal : Programme d’appui à la sécurité alimentaire en Guinée ; production locale : rapports FPFD

Cet arrêt de la mesure de protection douanière n’a été possible que par l’amélioration de la production à tous niveaux (quantité, qualité, productivité) et l’organisation d’une filière nationale.

  • La production guinéenne de pommes de terre est donc passée de zéro avant 1990 à 1 800 t. en 1996 et environ 5 500 t. en 2003. L’écoulement correct de cette production a évidemment été (et est toujours) le facteur essentiel du développement de cette filière : le débouché appelle la production. Dès le départ, le blocage des importations a permis de disposer du débouché local maximal, permettant d’initier une véritable production et de mettre en place d’autres facteurs indispensables au développement d’une filière compétitive.
  • Améliorer la qualité
  • Pour être compétitif face à la pomme de terre importée, il fallait améliorer la qualité de la pomme de terre guinéenne et baisser les coûts de production. L’amélioration de la qualité nécessitait obligatoirement l’importation de semences sélectionnées car le marché local ne proposait que des semences dégénérées maintes fois reconduites. De plus, leur quantité était insuffisante pour couvrir les besoins croissants en semences. Parallèlement, une semence de qualité et l’utilisation judicieuse d’un bon engrais en plus de la fumure organique locale devaient permettre d’améliorer significativement la productivité et de baisser les coûts de production. La FPFD a donc progressivement développé l’importation d’intrants de qualité venus d’Europe, (voir le tableau ci-dessous). Les producteurs n’ayant généralement pas les moyens de payer comptant, la FPFD a en même temps mis en place un crédit de campagne aux producteurs sur ces intrants, qui se poursuit toujours aujourd’hui. De 12 t. en 1991, l’importation de semences sélectionnées de pomme de terre est passée à 50 t. en 1993 et à plus de 250 t. en 2003.
  • Intrants importés par la FPFD et nombre de groupements adhérents

  • à la FPFD pour la filière pomme de terre
 

1992-1993

1996-1997

2000-2001

2003-2004

Semences de pomme de terre en tonnes

56

148

160

252

Engrais en tonnes

0

57

205

300

Nombre de sacs de conditionnement

0

0

100 000

50 000

Nombre de groupements pomme de terre

 

55

Environ 80

125

Les efforts ont également porté sur l’amélioration de l’itinéraire technique selon deux axes : un partenariat avec la recherche, en particulier pour identifier les variétés et les pratiques de fumure organique et minérale les mieux adaptées ; un partenariat avec les services publics de vulgarisation afin d’appuyer les techniciens de la FPFD dans la diffusion des messages techniques au plus grand nombre de producteurs.

Ces efforts, conjugués à l’utilisation d’intrants de qualité, ont permis d’augmenter significativement les rendements, d’une moyenne d’environ 8 à 10 t./ha en 1990 à 15 à 20 t./ha aujourd’hui. La marge brute moyenne (hors rémunération de la main-d’œuvre qui est souvent familiale) s’est nettement améliorée depuis 1992/1993. L’augmentation régulière de la production totale s’explique également par cette augmentation du revenu des producteurs, suscitant chez eux un véritable engouement. Elle n’a aussi été possible que par l’élargissement des débouchés.

Les campagnes de promotion de la pomme de terre guinéenne et la politique de la FPFD de baisse du prix au niveau du consommateur par une maîtrise des marges prises par les différents intermédiaires ont sans aucun doute permis le développement de la consommation nationale. Celle-ci est en effet passée d’environ 1 000 t. en 1990 vendues toute l’année à plus de 900 FG/kg au détail à environ 5 500 t. en 2003, vendues 600 à 800 FG/kg pendant les fortes périodes de production. Mais la production ne cessant d’augmenter, il fallait encore trouver d’autres marchés : en 1998 la FPFD a tenté le premier essai d’exportation à Dakar : en 2002, 140 t. ont été exportées vers le Sénégal, et 40 vers Bissau.

Un développement difficile à maintenir

Début 2004, l’objectif de la FPFD était de disposer d’une production de qualité en quantité suffisante et régulière pour répondre aux besoins des marchés tout au long de l’année. Toutefois, la donne a changé et le défi majeur de la filière aujourd’hui est de résister à la difficile conjoncture économique. En effet, le franc guinéen a perdu officiellement 30 % de sa valeur par rapport à l’euro en juillet-août 2004, conduisant à une raréfaction des devises et à une flambée des cours sur le marché noir. Cette dévaluation, associée à la hausse du prix du pétrole sur le marché international, conduit à une spirale inflationniste dans le pays. Le prix du sac de 50 kg de riz, encore à environ 30 000 FG en décembre 2003 est aujourd’hui à plus de 75 000 FG. Ainsi, la Fédération des Paysans du Fouta Djallon, forte aujourd’hui de 15 000 producteurs regroupés dans 20 unions et 400 groupements autour des 3 filières tomate, oignon et pomme de terre, est confrontée à plusieurs difficultés :

• comment maintenir son fonds de roulement, sachant que les ventes s’effectuent en monnaie locale alors que les achats d’intrants sont en devises ?

• quelle sera l’évolution du marché (régression de la consommation ?) de la pomme de terre si les paysans répercutent l’accroissement de leurs coûts de production sur le prix de vente, dans un contexte où les familles guinéennes auront des difficultés à se nourrir ? Autrement dit, jusqu’où les producteurs peuvent-ils aller en terme de prix ?

Aujourd’hui le marché de la pomme de terre en Guinée, s’est développé en volume, s’est amélioré en qualité et s’est un peu « démocratisé » sous l’action volontaire de leader paysans, soutenus par l’État et par des bailleurs de fonds. Il peut encore s’élargir, soit par une augmentation de productivité au niveau de la production permettant une baisse relative du prix de vente au consommateur, soit par un accroissement global du niveau de vie des Guinéens. La Fédération des Paysans du Fouta Djallon, à laquelle adhèrent nombre de producteurs de pommes de terre, vise l’amélioration de la production (qualité, quantité, régularité) pour poursuivre le développement du marché national et se lancer pleinement à la conquête de marchés sous-régionaux.

À lire

Rapports d’activité de projets (PDA, PAOPA), rapports d’assistants techniques et de volontaires, courriers, archives FPFD, suivi des importations et des prix Pasal, Dynaviv, Sipag.

www.paysansdufouta.org

3 000 francs guinéens = 1 euro ; salaire moyen guinéen 150 000 FG.

Région naturelle située au Centre-Nord de la Guinée, constituée de plateaux, appelée aussi le « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest ».

La Guinée est majoritairement de confession musulmane. Le mois de ramadan est un mois de carême ponctuée de retrouvailles festives au cours desquelles des produits de luxe comme la pomme de terre sont consommés. L’alimentation de base est constituée habituellement de riz.

Labé, capitale du Fouta Djallon.

Certains observateurs estiment que la production est bien au-delà des 5 500 t en 2003 atteignant plutôt 10 000 t. Cela est toutefois difficile à vérifier compte tenu de la multiplicité de petites surfaces sur lesquelles de la semence reconduite est utilisée.

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réalisation : cnsx